Les rumeurs les plus folles courraient dans la vallée.
On disait que, partout dans la contrée, il était né des veaux à deux têtes, signe de malheur.
Depuis des mois, on disait la Fpmc moribonde…
On parlait de crépuscule…
Aucun Flash Mob enfanté depuis plusieurs lunes.
On disait l’administrateur et le modérateur embastillés par les terribles tyrans périgordins : le sanguinaire Davier Xarcos (copyright Shivash) et le brutal Cernard Bazeau…
On disait que des chouettes avaient été clouées sur la porte du Mellow alors que le patron était piégé aux courses à Auchan (il achetait des enceintes pour prochainement concurrencer un concert de U2)
On disait que les clubbers se cachaient dans le maquis… On disait que Jean Georges avait rallié Londres pour organiser la résistance contre les forces occultes.
Mais une formidable clameur est soudain montée des catacombes…
L’oracle s’était exprimé. La sentence était la suivante : « le 11/11, à 11h11, le « spirit efpémécien » s’épanouira à nouveau dans la ville. »Oui, l’espoir. L’espoir, enfin. Le fol espoir. Il a embrasé la ville, puis l’agglo, puis Angoisse, puis Excideuil, puis Badefols d’Ans… Puis la contagion, toute l’Aquitaine…
C’est de Bordeaux que votre serviteur (ma pomme) a entendu l’écho…
Alors j’ai dit à Jacky : « Chérie, fait chauffer la BX, on rentre au Bled ce week-end… On va voir ça de nos propres yeux, je crois que les clubbers préparent un gros coup »…
Périgueux. 11/11, 11h 07. Jacky et moi atterrissons place Saint Silain avec un peu d’avance. On y est bien. Il y a des clubbers sur cette place. Et pas n’importe lesquels. East Aïm et Dusse. A l’heure. La ponctualité, c’est la politesse des rois. Ils sont en train de monter un ring. Ils promettent aux passants un spectacle qu’ils n’oublieront pas…
Et puis les clubbers sont arrivés. Des bobines. Chauds comme la braise. « Les Superstars du kitch » et leurs supporters, et surtout leurs supportrices (promis les filles, le prochain flash mob sera grand public ou ne sera pas, on recrute plus dans cette fédé, c’est déplorable).
Et un gimmick :« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une tapette… »
Pour relater l’évènement, passons en mode « commentaire sportif » : ON.
Des le début de match, on a affaire à une organisation de jeu assez classique.
Une formation en 4-4-2. En meneur de jeu, l’excellent Monsieur East Aïm-Loyal, aux accents de commentateur digne de feu Léon Zitrone.
Il doit distribuer le jeu. Il doit arbitrer cet échange de vannes, il doit scruter l’apparition du moindre sourire, rictus d’amusement, sur le visage des impétrants. Inventif jusque dans ces rimes en « Ette » avec, outre tapette, : « zapette », « coquillette » et j’en passe.
Ca commence avec Bulbe, sur son aile gauche, toujours près à déborder. Il entre sur le ring sous les fumigènes, le torse velu, tous poils dehors, la poustache conquérante, on dirait un vrai catcheur des années 80 qui anime les soirées de gala de foires-expo.
Il est inspiré par Laspalles et Chevalier. Surtout par le collier de barbe de Laspalles.
Mais il a simultanément perdu toute capacité à faire phrases et ne s’exprime plus que par râles, cris et borborygmes…
Son adversaire aura fort à faire, me dis-je.
Or, il s’avère que je suis son adversaire. Je suis Michael The Little Ghost, assisté de Jacky (tout bon Kitcheur a son hôtesse, c’est ce que j’ai appris en regardant les Super Stars du Catch sur canal +, le samedi après midi quand j’étais au collège).
Premier round : « Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une tapette… »
Et dès l’entame de ce match, je me tire une blague dans le pied.
Ma seule vanne : « Comment appelle-t-on un boomerang qui ne revient pas ? » (Un bout de bois), m’amuse et je ris. (le comble de la suffisance, j’en conviens…)
La sanction n’attend pas. L’effet boomerang. Bulbe est prompt à signaler que j’ai perdu et l’arbitre Monsieur East Aïm me signifie mon infamante défaite. Bulbe triomphe d’un beuglement souverain.
Je décide d’en tirer toutes les conséquences et quitte la vie politique immédiatement.
Le deuxième combat est fratricide. Dusse-Shivash. Leurs personnages cristallisent l’opposition de style. D’un côté, une esthétique allemande : tutu, tenue moulante, couleur criarde, cape, perruque… De l’autre, à l’élégance est italienne, costard cravate et caleçon.
« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une anisette » La blague carambar est incisive. Une parade « Les meilleures histoires drôles » ne suffira pas. Me revient le vieux proverbe de l’humoriste Sim : « Le kitch est un sport inventé par les Anglais où à la fin, c’est toujours les Allemands qui gagnent ».
L’administrateur doit s’incliner devant une telle maîtrise.
D’autant que le Shiv s’est blessé au genou sur une action de jeu, une vanne trop appuyée. Temps d’indisponibilité indéterminé : on lui souhaite un prompt rétablissement.
Troisième match, on entre dans le « No rules ». Pour ceux qui auraient sécher les cours d’anglais (Eh oui, Dusse, fallait pas prendre allemand première langue), on entre dans le «Tous les coups sont permis ».
Vendredi Treize contre Menez. Match de Titans. Kitcheur post-apocalyptique évadé de Rollerball contre Kitcheur Viking décadent nourri .
« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura des coquillettes … »
Treize-Ménez. Dans le public, des échauffourées éclatent entre les supporters des deux champions. C’est un duel de pères de familles. Une poussette est lancée (heureusement sans bébé dedans). Un chauffe-biberon explosif provoque un accident chez les pompiers.
Mais le match de vannes continue. Les blondes doivent se boucher les oreilles. Jacky vient se réfugier dans mes bras.
Au niveau du style pratiqué, on sent une parenté avec Bulbe (râles, cris et borborygmes). Je crois que ces trois Kitcheurs sont issus dans la même école de Kitch, basée sur l’usage de voix qui doit dissuader le moindre rire… C’est du corps à corps de vannes. Au final, Treize s’en sort, grâce à l’expérience acquise sur le circuit depuis des années.
Monsieur East Aïm enchaîne les « AAanannnnnannad NNNOOOOOOWWW LLAALLADDYYYSSS and GEEENNTLEMEN » .
Le public est en transe lorsque Vannes Man et Mister Tie montent sur le ring. Tie est un Kitcheur sud américain ayant acheté son masque lors de son voyage en Californie l’été dernier qui a la particularité d’avoir des muscles abdominaux en feutre.
En face, Vannes Man, le fameux Kitcheur périgordin ne s’en laisse pas conter. Il est chez lui. Il est dans son jardin. Il a travaillé avec les plus grands : Ruquier, Gerra, East Aïm (en effet, il faut savoir que l’arbitre a mené dans sa jeunesse une belle carrière sous le nom de Cat Man, dans la même écurie que Vannes Man. Cette écurie un peu rococo s’appelait les X-Man, fin de la parenthèse historique).
« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura un morceau de baguette »
Le faux éternuement de Tie ne fait pas ciller Vannes Man. Il déroule. En terme d’animation de jeu, c’est du « une touche de vanne », on note l’influence des techniciens nord et sud américain. Tie est acculé. Il rit. Vannes Man a encore gagné. On entend sauter les bouchons des magnums de graisse de canard. Le délicieux breuvage tiède va couler dans les choppes jusque tard dans la nuit dans les fermes-auberges de la région en l’honneur de l’enfant du pays.
Dernière confrontation, la version Hard Core. Choune-Fantomas/BZZZ. (Choune est stoppeur, Fantomas est Libero). Deux Kitcheurs aux zygomatiques d’acier. Une guerre des nerfs. Aucun n’est venu pour faire du tourisme et ils se sont préparés. Ils ont passé la nuit à regarder, pour l’un, un résumé de la saison dernière de Ligue 1 de football, et pour l’autre à lire « Mieux vivre votre Argent, spécial investissements », pour l’autre.
Alors, évidemment, ils se sont couchés aux aurores, déprimés et sous Lexomil, et n’ont pas complètement récupéré toutes leurs capacités intellectuelles. Ils verrouillent. Deux stratèges du jeu défensif, Ricardo contre Julio César.
« Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette, le premier de nous deux qui rira aura une zapette » Après avoir choqué toutes les familles et traumatisé la plupart des enfants de l’assistance avec ses blagues, Fantomas est déclaré vainqueur par Mister East Aïm.
Fantomas, comme son nom l’indique, va pendant longtemps hanter les nuits du public.
On joue la 90° minutes de jeu. Un petit «royal rumbleeeeeeeeeeeeeee », pour la route. Les gauloiseries, les saillies, les noms d’oiseaux, les jeux de mots, les calembours ont volé haut, ont volé bas, se sont crashés parfois... Des buts ont été marqués. Des gestes techniques réussis. D’autres ratés. Des reprises de (haute) volée de gag, des tacles humoristiques au niveau de la carotide. On a fait le boulot, quoi.
Les yeux rieurs, positionné au centre du terrain, son numéro 10 dans le dos et sa science de la passe, Mister East Aïm n’a plus qu’à annoncer la dispersion. « AAanannnnnannad NNNOOOOOOWWW LLAALLADDYYYSSS and GEEENNTLEMEN, DIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIiSSSSSSSSSSSSSSPPPERSION ! » .
Dans la BX, sur la route du retour, songeant à ces luttes homériques, je me suis rappelé cette phrase de Just Fontaine, le meilleur buteur de la coupe du monde en suède, racontant le périple de l’équipe de France en Suède en 1958 : « Notre jeu consistait à se créer des occasions si possibles nombreuses et à ne pas les manquer ».
Mode commentaire sportif :OFF.
Au fait : « Comment appelle-t-on un boomerang qui ne revient pas ? »
Votre Michel qui vous aime




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